Élections législatives au Pakistan, là où souffle le vent de la liberté et de l'indépendance...

Dans un univers politique encore très dominé par les hommes, un vent d’espoir a soufflé sur les élections législatives au Pakistan de samedi 11 mai 2013 avec l’émergence de candidates indépendantes, une clé pour l’évolution des mentalités. Alors que les violences contre les femmes restent monnaie courante, sept lois pour la défense de leurs droits, portées par des députées, ont pu être adoptées lors de la dernière législature.

Les dernières élections législatives de 2008 s'étaient déroulées dans un contexte très tendu du fait d'une intensification du conflit armé avec les talibans et surtout après l'assassinat de Benazir Bhutto, dirigeante du Parti du Peuple Pakistanais, alors principale formation de l'opposition.

Actuellement, le gouvernement est surtout critiqué par la population pour son bilan économique et sécuritaire et est accusé de corruption tant par l'opposition que par la justice.

Ces élections ont vu naître un souffle d’espoir pour les femmes. Dans certains endroits reculés gagnés aux idées des talibans, les femmes doivent se battre pour voter ou se présenter. Et des femmes se sont présentées jusque dans les régions les plus conservatrices, comme les zones tribales. Des candidates indépendantes aux prises avec une société figée. Voici quelques brefs portraits de ces candidates...

Tout d'abord, Badam Zari 45 ans et Nusrat Begum, les pionnières Pachtounes.

Elles se sont présentées dans une région ultraconservatrice et violente, région semi-autonome à la frontière avec l’Afghanistan. Le simple fait qu'elles se dressent ainsi est un événement majeur, c'est un message adressé à toutes les femmes du Pakistan.

Badam Zari, mère au foyer, a affirmé à la presse qu'elle s'était résolue à se présenter car les élus de Bajaur ne s'étaient jamais souciés du sort des femmes. Elle explique : «Nous avons été ignorées dans tous les domaines dans les zones tribales : on n’a même pas accès à l’eau potable, ni à des centres de santé décents, et je ne parle pas de l’éducation, autant pour les filles que pour les garçons ». Le «regret de sa vie» est de ne pas avoir pu faire d’études, interrompues trop tôt sous pression de sa famille paternelle : elle ne peut écrire que son nom… Sa campagne discrète, soutenue par son mari et sa famille a pourtant «été bien accueillie», assure-t-elle. «Les gens savent que je ne suis pas comme les députés parachutés qui n’ont rien fait pour améliorer notre quotidien.»

Nusrat Begum a déclaré vouloir défendre les droits des femmes, des enfants et des minorités. Elle a présenté une candidature historique dans le district de Lower Dir, frontalier des zones tribales.

Il est bon de rappeler que le 9 octobre 2012, Malala Yousafzai, 14 ans, avait pris position pour défendre le droit à l'éducation des filles. Cette adolescente du district de Swat, également de peuplement pachtoune, avait été grièvement blessée après que des talibans voulurent l'assassiner.

Au Pakistan, les zones rurales appartiennent à un autre monde où les traditions ancestrales imposent au sexe féminin des rapports de sujétion. Et c'est cette implacable coutume que bravent aujourd'hui les deux courageuses Pachtounes.

 

Autre portrait : Aneela Shaheen, 32 ans. Elle s'est présentée en indépendante dans une région très traditionaliste du Nord-Ouest du Pakistan, pleine d'énergie et brandissant ses tracts, là où le taux de participation des votantes est très faible voire inexistant, elle a multiplié les porte-à-porte et les réunions discrètes. «Je me battrai pour la défense de vos droits au Parlement si je suis élue, je veux être au service de ma communauté», lance-t-elle aux femmes qui perçoivent en elle un vent libérateur. Aneela est comparée à Benazir Bhutto, l'ex-Première ministre et icône assassinée en 2007, belle, courageuse et au grand coeur.

Au fin fond de la pauvre et féodale province du Sindh (sud), Veeru Kohli, issue de la minorité hindoue et ex-paysanne exploitée par un grand propriétaire, a elle aussi décidé de se porter candidate. Son combat : mettre fin à l’esclavage moderne dans les fermes des grandes familles, dont sont d’ailleurs issus nombre de parlementaires…

Dans une circonscription conservatrice, c’est une ex-actrice, Musarrat Shaheen, qui défie, malgré les menaces, le chef d’un parti religieux.

A l’autre bout du pays, à Lyari, quartier à la réputation sulfureuse et le plus dangereux de Karachi (sud), la candidate Saniya Naz, qui a seulement 26 ans, se présente, dans une atmosphère de campagne pourtant très enthousiaste . Issue d’une famille très pauvre, Saniya a pendant des années été à l’école dans la rue, puis travailleuse sociale. «Je veux régler les problèmes de pauvreté et d’éducation et travailler à l’émancipation des femmes», explique-telle.

La liste de ces femmes, toutes déterminées à rétablir un équilibre entre les droits des femmes et des hommes, est longue.

 

Maintenant quelques chiffres pour mieux comprendre ce pays en pleine dualité, capable d'élire 2 fois une femme ministre, Bénazir Bhutto ou de confier les Affaires étrangères à Hina Rabbani Khar en 2008 mais en laissant pour compte les régions les plus fragiles et les plus enclavées.

Depuis 2008, les femmes représentaient 22,2% dans l’Assemblée nationale sortante et seulement 18% environ dans les hémicycles provinciaux. Cette année, pas moins de 159 candidates se sont lancées dans la course pour le Parlement national et 355 au niveau provincial. Sur 180 millions d’habitants, 37 millions de femmes sont enregistrées sur les listes électorales (contre 48 millions d’hommes). Lors du dernier scrutin, seulement 30% de femmes environ avaient voté, à cause de tabous culturels et religieux, du manque d’éducation ou des menaces des talibans – qui s’opposent à toute émancipation féminine – dans le nord-ouest.

L’analyste politique Quraysh Khattak ne le cache pas : «Les chances de ces indépendantes sont très minces» face à des candidats masculins bien implantés. «Mais leur engagement est un premier pas capital pour la multiplication de telles candidatures à l’avenir ».

 

[Résultats : forte victoire de la Ligue musulmane du Pakistan - Nawaz Sharif est Premier ministre du Pakistan. 34 femmes sur 126 élus]

 

Leila