Fiche de lecture - juillet 2013
Stéphanie - OLF63

  

Cerveau, sexe et pouvoir

 

de Catherine Vidal et Dorothée Benoit-Browaeys

 

9782701138589

 

 

Ce livre pose la question suivante ; existe-t-il des différences significatives entre hommes et femmes, quelles que soient l'époque et la société ?

Si oui : est-ce inné ou acquis ? Sommes-nous confrontés au déterminisme biologique ?

 

 

 

 

Le cerveau dans la guerre des sexes

 

 

Biologie du cerveau -

Sur 1.000 études d'IRM, seules quelques dizaines ont montré des différences homme/femme. Soit moins de 10%,

On voit surtout qu'il y a plus de différences entre le cerveau d'un violoniste et d'un mathématicien qu'entre celui d'un homme et d'une femme.

 

Le cerveau incorpore toutes les influences de l'environnement dans sa construction. Le circuit neuronal se construit en fonction de l'histoire personnelle.

=> Chacun a sa propre manière d'activer son cerveau. Il y a plus de variations entre individus de même sexe que de variations entre les hommes et les femmes.

 

Les spécificités hommes/femmes ne sont pas présentes à la naissance.

 

Problème : on diffuse largement les théories de déterminisme (raccourcis hâtifs) et qui donnent pour naturelles des différences sociales et intellectuelles.

 

 

 

Cherchez le différence : quelles traces sexuées dans nos têtes ?

 

 

Il existe des différences dans des domaines spécifiques (par exemple pour la procréation) mais certains s'attachent à créer des différences dans des domaines ou sur des tâches communes et identiques: créer, parler, comprendre,décider => création d'inégalités négatives. On invente des différences là où il n'y en a pas, en se basant sur le fait qu'il existe des différences dans certains domaines spécifiques.

 

 

On observe une différence de comportement chez les enfants en fonction du sexe, que l'on qualifie de naturelle, mais qui est fait due à l'éducation et à l'environnement, notamment lorsque l'on voit que les garçons et les filles ne sont pas traités de la même façon.

 

On a toujours cherché à justifier des inégalités de race, de sexe ou des inégalités sociales par des mesures physiques : on l'a fait pour les ouvriers, les noirs, les juifs, les paysans, etc.

 

 

La morphologie des cerveaux

 

La fameuse théorie de la taille du cerveau comme indicateur d'intelligence n'a jamais été prouvée. La différence des poids de cerveaux est variable, elle n'est pas exclusivement liée à la taille de la personne mais change d'individu en individu (un cerveau ne pèse pas x% d'un corps, c'est toujours variable).

 

Poids moyen d'un cerveau : 1kg350g

Quelques illustres cerveaux :

  • Anatole France 1kg

  • l'écrivain russe Ivan Tourgueniev 2kg

  • Einstein 1kg215

 

Ce qui conditionne l'intelligence c'est la qualité des connexions entre les neurones pas la taille ni le poids.

 

Il n'est pas possible d'observer, sans analyse génétique, si un cerveau est celui d'un homme ou d'une femme : la morphologie, les sillons, les circonvolutions, sont variables selon la personne et ne suivent pas de schéma de sexe.

 

 

La théorie des deux hémisphères

 

On ne cesse de dire que si les femmes sont plus douées pour le langage c'est grâce à leur hémisphère gauche, plus performant, tandis que si les hommes s'orientent bien dans l'espace ce serait grâce à un hémisphère droit dominant.

C'est la théorie des deux cerveaux, lancée dans les années 1970 : chaque hémisphère aurait un rôle particulier.

  • Gauche : langage et pensée rationnelle

  • Droit : représentation de l'espace et des émotions

On observait par exemple que si on endommageait l'aire de Broca (partie spéciale de l'hémisphère gauche) les personnes perdaient la capacité de parler.

 

Cette théorie est aujourd'hui caduque.

 

Il faut savoir qu'observer un trouble fonctionnel suite à une lésion n'implique pas obligatoirement que cette région soit le siège de la fonction. On voit seulement que cette zone est une partie nécessaire à l'exercice d'une fonction mais cela ne signifie pas qu'elle couvre la totalité de la fonction.

 

Des études ont montré que les deux hémisphères ont le même volume, que l'on soit un homme ou une femme.

 

Les progrès de l'imagerie médicale ont montré que les deux hémisphères sont en constante communication et qu'aucun ne fonctionne seul.

 

De plus une fonction n'est jamais assurée par une seule région, mais par un ensemble de zones reliées entre elles en réseaux. Ces zones peuvent être dans les deux hémisphères.

Ainsi l'exemple du langage : utilise l'aire de Broca (hémisphère gauche) et une dizaine d'autres zones situées dans les hémisphères gauche et droit.

Idem pour se repérer dans l'espace : on utilise des zones de l'hémisphère droit, du niveau frontal et pariétal des deux côtés.

 

 

Théorie du corps calleux

 

Corps calleux : zone de fibres nerveuses reliant les deux hémisphères.

 

Des études des années 80 auraient montré que le corps calleux était plus épais chez les femmes, justifiant ainsi de leur capacité à mobiliser les deux hémisphères en même temps et à pouvoir faire plusieurs tâches en même temps.

On avait fait les mêmes observations en 1901 en comparant les cerveaux des noirs et des blancs : l'homme blanc ayant un corps calleux plus développé.

 

Mais attention un gros corps calleux ne contient pas d'avantages de fibres nerveuses qu'un plus petit.

 

 

Les tests de différences

 

Les psychologues ont lancé de nombreuses recherches dans les années 80, sur le thème du langage et de la perception de l'espace. Seuls quelques tests sont jugés viables car confirmés par plusieurs groupes de chercheurs différents et ne portent que dans 10 à 15% des cas sur des différences de performance entre hommes et femmes (fluence verbale, analogies de mots, rotation mentale, etc.).

La dispersion des valeurs (car nous sommes ici dans des statistiques sur un échantillon restreint) est telle qu'on trouve un nombre non négligeable de femmes qui sont meilleures dans les tests censés réussir aux hommes et vice-versa.

 

On notera d'ailleurs que ces écarts de performance ne sont visibles qu'à partir de l'adolescence seulement.

 

On notera également que les différences de réussite à ces tests entre sexes sont moins marqués chez les noirs-américains et les asiatiques que chez les blancs. => la culture semble donc avoir une influence.

 

Si on fait un bilan des tests parus ces 20 dernières années on remarque une réduction progressive des écarts de réussite, ce qui peut être mis en parallèle avec l'intégration accrue des femmes dans la vie sociale et professionnelle.

 

 

 

Quand l'expérience forge nos têtes

 

 

Les images du cerveau fascinent et on espère y trouver des réponses mais elles ne sont que des photographies à l'instant T et n'expliquent pas l'origine des choses.

 

Le fonctionnement du cerveau n'est pas fixé une fois pour toute, il est évolutif.

 

Par exemple : l'apprentissage d'une langue ou d'un instrument de musique conduisent à une modification des circuits de neurones.

L'apprentissage modifie la structure et le fonctionnement du cerveau humain, chez l'enfant comme chez l'adulte.

 

Personne ne possède exactement le même cerveau, y compris les vrais jumeaux.

 

=> logique d'avoir des différences entre femmes et hommes car leur vécu et leur éducation ne sont pas les mêmes.

Exemple : les petits garçons sont orientés vers les jeux de plein air et développent les circuits et capacités liés.

 

Plasticité cérébrale : processus de modelage des circuits de neurones en fonction de l'expérience vécue.

 

L'imagerie médicale permet de voir qu'en fonction des individus, pour un même résultat sur un test de calcul mental, ce ne sont les pas les mêmes zones qui sont mobilisées de la même manière. On utilise des stratégies individuelles différentes pour réaliser un calcul mental.

 

 

Le cerveau à la naissance et sa constitution

 

L'être humain vient au monde avec un cerveau inachevé : 100 milliards de neurones mais peu de voies nerveuses pour les connexions. On estime à seulement 10% ces connexions (les synapses) présentes à la naissance. Les 90% restantes vont se construire pendant les 20ères années de la vie.

 

6.000 gènes interviennent dans la construction du cerveau, pour environ 100 milliards de neurones dont chaque neurone est connecté avec 10.000 de ses compères.

=> les gênes ne peuvent pas à eux seuls contrôler la formation des milliards de synapses du cerveau.

 

Les gênes jouent un rôle déterminant au stade embryonnaire pour dessiner le plan général d'organisation du cerveau mais pas le détail des neurones et des synapses.

 

A la naissance nous avons tous de riches potentialités, ce sont les expériences de chacun qui dessinent nos aptitudes et personnalités, par la mise en place des synapses.

 

 

Apprentissage et plasticité

 

La plasticité et malléabilité du cerveaux sont les plus importantes durant l'enfance et la petite enfance, c'est à ce moment là qu'on construit le plus ses circuits et le fonctionnement de son cerveau. Mais les capacités d'apprentissages sont possibles chez l'adulte.

 

Un adulte peut aussi modifier le fonctionnement de son cerveau. Exemple avec quelqu'un qui apprend à jongler avec 3 balles (gestes, coordination sensorielle et motrice) : on observe une extension des régions cérébrales qui contrôlent la vision et la motricité après 3 semaines d'apprentissage.

 

La plasticité cérébrale est réversible : les zones du cortex qu'on mobilisait pour une activités peuvent régresser si on ne pratique plus ladite activité.

 

Exemple : des patients avec des lésions dans le cortex moteur de l'hémisphère gauche (qui contrôle la motricité de la partie droite du corps) ont pu récupérer la motricité de la main droite par l'activation du cortex droit. Il a repris le relais en attendant la guérison du cortex gauche.

=> les connexions du cerveau se réorganisent de manière permanente dans le temps et l'espace.

=> l'acquis et l’environnement vs l'inné.

=> le formatage des cerveaux hommes/femmes depuis la naissance est donc une idée fausse.

 

 

 

Gènes, hormones et sexe

 

 

Le sexe génétique : pas si simple que ça

 

Il existe une idée reçue selon laquelle on naît femme par défaut et on naît homme car on a un chromosome supplémentaire : XX (femelle) et XY (mâle). Or c'est faux ; il existe des femmes XY et des hommes XX.

 

En France on estime à 400.000 les individus ne possédant pas la formule chromosomique habituelle XX ou XY : on a des 5X, 4X, 3X, XXY, YYX, X, Y, YY.

On a parfois même des personnes dont le sexe génétique ne correspond pas au sexe physique : environ 10.000 hommes ont des gênes XX + quelques femmes XY (plus rare).

 

La fabrique du sexe génétique est aujourd'hui vue comme un long processus qui met en jeu de nombreux gènes, depuis la vie fœtale jusqu'aux remaniement du corps à l'adolescence. Les humains possèdent des caractères sexuels secondaires masculins et féminins en proportions variables et ces caractères se modifient au cours de la vie.

 

 

Hormones sexuelles et cerveau

 

Les premiers signaux sexuels apparaissent dès la 6e semaine gestation. Les hormones imprègnent les tissus du fœtus et son cerveau, pour mettre en place certains circuits de neurones spécifiques (comme ceux relatifs à l'ovulation pour les filles par exemple). C'est ici la seule notion possible de sexe du cerveau.

 

La testostérone et l'oestradiol (hormones mâle et femelle) sont produites par les hommes et par les femmes, mais chacun les produit dans des proportions variables. Ce sont deux hormones chimiquement très proches, différenciées par un seul atome d'hydrogène. Les bains hormonaux qui accompagnent notre conception in utero et dans la vie adulte ne sont pas foncièrement différents en fonction de notre sexe, ici ce qui compte c'est la notion de dosage.

 

Pour agir une hormone doit se fixer sur une cible dite « récepteur », comprise dans les cellules. Les effets des hormones dépendent la quantité et de la localisation de ces récepteurs.

Nous en avons dans notre cerveau mais peu dans le cortex (le cortex pré frontal abrite les fonctions cognitives supérieures) : le cerveau échappe plus que d'autres parties du corps à la loi des hormones.

 

Observation : contrairement aux autres espèces mammifères, la sexualité des femmes n'est pas soumise à la période de rut/fécondité. Elle est indépendante et n'est pas un comportement instinctif comme les autres. Ce n'est pas un besoin comme la soif ou la faim. La part hormonale dans le processus sexuel est moins importante chez l'humain que chez la plupart des animaux.

 

Si nous échappons au diktat des hormones c'est grâce au développement du cortex cérébral : c'est lui qui supervise l'organisation de nos comportements. Les hormones y participent mais pas de manière prépondérante.

 

 

Homosexualité : le mythe d'une anomalie hormonale

 

Ainsi les homosexuels n'ont-ils aucune anomalie dans la production des hormones sexuelles. Il n'y a aucune différence de l’hypothalamus ou du cortex cérébral entre les homosexuels et les hétérosexuels. De même aucune perturbation de l’imprégnation hormonale du cerveau du fœtus n'explique l'homosexualité.

Il existe une maladie (hyperplasie congénitale des glandes surrénales), tout à fait curable ou gérable, lorsqu'un fœtus a une exposition anormale aux hormones sexuelles. Ces individus n'ont aucune orientation sexuelle spécifique.

 

 

 

L’imprégnation du cerveau par les hormones sexuelles au stade embryonnaire est loin d'être déterminante dans l'orientation des conduites sexuelles des hommes et des femmes.

Mais on a tendance à toujours tout expliquer par les hormones : facile et inexact.

 

 

 

Affect et intellect sous la loi des hormones ?

 

La conviction de la place prépondérante des hormones dans nos comportements est si grande qu'on se pose à peine la question de la preuve scientifique de leur influence réelle.

 

 

Uniformité de l'influence hormonale ?

 

Il est difficile de tester la réelle emprise des hormones sur l'humeur et le comportement, les tests étant très rigoureux et invasifs (prises de sang, homogénéité des groupes, prise en compte du cycle menstruel pour les femmes, etc.).

 

Les hormones peuvent agir sur nos états mentaux mais réciproquement le psychisme peut modifier les sécrétions hormonales. => qui de l'oeuf ou de la poule ?

 

Chaque femme a sa propre façon de vivre son cycle menstruel, sa grossesse ou sa ménopause. Il n'y a pas de règle universelle régissant le comportement de toutes les femmes de la planète sous l'effet des hormones.

 

Idem pour les hommes. Surtout sur la question de la sexualité et de certaines de ses déviances et violences. Quelques rares données recueillies chez les auteurs d'agressions sexuelles ne montrent pas de modification des taux de base de testostérone. Comment une simple hormone pourrait à elle seule expliquer les multiples expressions de violence, agression verbale ou physique, viol, meurtre ?

 

 

 

Le mythe de l'instinct maternel ?

 

Il s'agit plus d'expérience que d'une qualité intrinsèque.

Par exemple les pères investis (les nouveaux pères) reconnaissent aussi bien les pleurs de leur bébé parmi un panel de pleurs d'enfants que la mère.

 

Les qualités d'instinct maternel s'apprennent avec l'expérience et l'observation, elles ne sont pas innées.

 

On pensait que l'instinct maternel chez la femme serait favorisé par la prolactine (montées de lait) or une femme peut être une bonne mère même si elle n'allaite pas. Et vice-versa. Elle peut également être aussi attentive à son enfant biologique qu'à son enfant adopté. Et les femmes sont aussi, et majoritairement, les auteurs des infanticides et particulièrement des néonaticides1.

 

 

Tests sur le déterminisme biologique2

 

Pour les partisans du déterminisme biologique, l'influence des hormones sexuelles concerne les affects mais aussi les capacités intellectuelles (par exemple pour les maths). Sur le plan cognitif, seul le test de la rotation mentale en 3D sur des femmes est corrélée positivement avec le taux de testostérone et négativement avec l'oestradiol. On remarque que les meilleures performances dans l'orientation spatiale et en mathématiques sont chez les hommes dont le taux de testostérone est bas.

 

Les résultats sont donc contradictoires et ne parviennent pas à appuyer la théorie du déterminisme biologique qui soutient que l'influence précoce des hormones se fait toujours sentir chez l'adulte et reste immuable. Les études montrent en effet que les performances des hommes et des femmes dans différents test d'aptitude varient au cours du temps en fonction de l’entraînement et non pas des taux d'hormones. On observe que les différences de résultats entre hommes et femmes aux tests de mathématiques et d'orientation spatiale, quand il y en a, disparaissent avec la pratique.

 

 

 

Quelle trace de l'évolution dans nos comportements ?

 

Pourquoi la situation des femmes est-elle le plus souvent dévalorisée alors qu'elles constituent la moitié de l'humanité ?

 

 

Quid de l'homme et de la femme préhistoriques  ?

 

Depuis quelques années on a la mode de la psychologie évolutionniste : l'ordre hiérarchique patriarcal a perduré car il aurait été le plus efficace pour la survie et la reproduction. On y explique que puisque la distinction sexuelle a toujours existé et persiste toujours, elle a inévitablement une origine génétique légitime et ne peut être effacée par l'éducation et l'égal accès aux droits.

 

Puisque les hommes préhistoriques avaient certaines tâches et les femmes d'autres, les cerveaux auraient évolué en fonction de ces activités et compétences particulières. Les cerveaux auraient divergé dans leur évolution (vision et sens de l'orientation des hommes qui partaient à le chasse , attention aux détails et langage développé chez les femmes qui restaient dans un endroit clos),

 

Mais nos connaissances en termes de constitution physique et d'organisation sociale des humains et de leurs ancêtres sont très faibles : entre l'homo erectus et l'homo sapiens ( 4 millions d'années et 200.000 ans) nous n'avons retrouvé que 2 squelettes dignes de ce nom et une trentaine de crânes.

Quant à Lucy (3 millions d'années) il est possible que ce soit finalement un Lucien... il est en effet difficile de sexer un squelette fossilisé.

 

Prétendre que depuis l'origine de l'humanité l'homme part à la chasse tandis que la femme reste au campement avec les enfants n'a pas de fondement scientifique, il s'agit d'une idée reçue basée sur l'observation de communautés actuelles ou de pratiques humaines sociales relativement récentes.

 

Par exemple le mythe de l'homme préhistorique chasseur a été remis en question dès les années 1980, avec des analyses d'éléments datant du paléolithique (200.000 à 30.000 avant JC) permettant de supposer que les humains étaient surtout charognards ou chassaient de petites proies à l'aide de petits instruments. Aussi aucune piste n'indique que les femmes ne participaient pas à l'ensemble des activités de chasse, qui étaient donc accessibles physiquement pour elles.

 

De même la quantité et la taille des outils des homo sapiens sapiens (à partir de 30.000 ans avant JC) ne donnent aucune indication sur les artisans de ces objets (hommes ou femmes).

 

Au néolithique (à partir de 10.000 ans avant JC) l'homme se sédentarise et débute des activités d'agriculture. On devine qu'il a alors développé une organisation sociale adaptée, avec une répartition des rôles entre les sexes.

Des questions demeurent malgré la richesse des vestiges. Par exemple la découverte des vestiges de Catal-Hüyük ont laissé à penser que les habitants pratiquaient un rite très poussé du culte de la Déesse Mère, symbole du pouvoir et du matriarcat (souvent représentée par une statuette de femme obèse). Mais les éléments étayant cette théorie sont très faibles et polémiques, et servaient avant tout à alimenter le fantasme d'une ancienne société matriarcale précédant la venue des sociétés patriarcales.

 

 

Les différentes cultures actuelles

 

La diversité des constructions sociales dans l'histoire et le monde (hiérarchies, distinctions entre les sexes, liens de parenté, formes de famille, modes de gouvernance, etc.) montre qu'elles n'obéissent pas à une loi universelle qui aurait pour fondement un ordre naturel.

 

Or on observe néanmoins une constante : la domination de l'homme sur la femme. On tendrait à l'expliquer par l’infériorité physique de la femme et sa vulnérabilité pendant la grossesse et l'allaitement. De là les rapports sociaux et les répartitions des tâches se seraient construits en faveur des hommes.

 

Mais quand on compare les répartitions des tâches entre hommes et femmes dans différentes sociétés actuelles et leur importance physique, on voit que la division du travail n'est pas fondée sur des critères physiques (certaines ethnies réservent des travaux lourds et difficiles aux femmes tandis que d'autres leurs interdisent).

 

D'après Levi-Strauss, les mythes inventés et développés par les populations participent à permettre aux hommes de contrôler une fécondité qui leur échappe, à construire des systèmes de parenté, de règles de hiérarchies sociales pour légitimer le pouvoir des hommes sur les femmes.

 

Dans toutes les sociétés des règles ont été instaurées pour contrôler la sexualité et l'âge d'entrée dans la sexualité varie énormément d'un endroit de la planète à un autre, et ce pour les filles comme pour les garçons. On voit qu'il n'y pas de critère cérébral ou hormonal mais surtout des notions de culture et de transmission.

 

Et on observe que toute l'organisation sociale et les distinctions sexuelles peuvent être durablement bouleversées par des contextes historiques et des mouvement politiques et sociaux qui remanient l'organisation d'une société.

 

Prétendre que les inégalités entre hommes et femmes s'expliquent par un ordre biologique naturel c'est ignorer l'histoire et nier la réalité. C'est la pensée humaine qui a construit des systèmes d'interprétation et des pratiques symboliques et a légitimé la primauté des hommes sur les femmes.

 

 

 

Confusion des genres

 

 

Depuis le développement de la connaissance et des technologies d'analyse des gènes, on a tendance à trouver des gènes de tout et de n'importe quoi en s'appuyant des expériences douteuses et non vérifiées ou non vérifiables. Exemple : gène de la fidélité, le marqueur chimique de l'intelligence, la molécule du suicide, etc.

 

Pour revenir à la plasticité du cerveau, la technologie des imageries médicales a permis de découvrir que lorsqu'on débute un apprentissage d'une pratique ou d'une domaine on a une certaine quantité de zones qui sont mobilisées. Puis au fur et à mesure de la maîtrise de cette pratique ou de ce domaine, les zones mobilisées évoluent et diminuent, laissant la place à de nouveaux apprentissages.

 

On observe actuellement que le cerveau fonctionne avant tout en construisant des chemins, en créant des liens entre les différents territoire et ces liens évoluent au cours du temps. On est loin du cerveau compartimenté en régions spécialisées pour chaque fonction. Une zone du cerveau peut-être nécessaire pour une fonction mais sans être exclusive, elle s'inscrit dans un ensemble.

 

 

 

 

Vers une neurosociété ?

 

 

Le déterminisme biologique

 

Le recours abusif à la biologie pour expliquer les différences entre les humains correspond à un mouvement de pensée : le déterminisme biologique. C'est une théorie qui justifie les inégalités sociales par les diktats biologiques et relègue au second plan les facteurs socio-culturels et politiques.

 

Cet abus risque d'ouvrir la porte à de nouvelles ségrégations et déterminismes et représente un danger pour la société.

 

La psychologue Doreen Kamura apublié en 2011 le livre Cerveau d'homme, cerveau de femmes dans lequel elle insiste sur la différence cérébrale entre les deux sexes avec une détermination au stade foetal. Partant du postulat que les garçons et les filles démarrent la vie avec des atouts et des handicaps différents, elle estime qu'il faut adapter la scolarité en fonction des sexes. Elle pense également que les tests de QI, qui ne permettent pas de faire apparaître le sexe du testé, est un outil biaisé pour être « politiquement correct ».

L'idée soutenue par cette chercheuse est que, puisque nous naissons inégaux, il n'est pas nécessaire ni pertinent d'agir pour nous faire sortir de nos « castes cérébrales » et biologiques.3

 

 

Popularisation et médiatisation

 

La population et les médias se prennent d'amour pour ce type de théories, qui sont faciles et déclinables à l'infini, et permettent de répondre à toutes les petites et grandes questions avec une déconcertante facilité et déresponsabilisation des personnes.

 

On trouve même des adaptations et des recettes miracles. Ainsi la constitution et la formation du cerveau expliqueraient pourquoi les filles sont plus raisonnables, pourquoi certains sujets sont plus touchés par la mystique et la religion, pourquoi untel est plus soumis à la passion amoureuse.

 

On voit se développer également un marché économique juteux autour de la neuroscience : médicaments psychotropes, neuroinformatique, neurojeux et dopage cérébral pour muscler les synapses, neuromarketing4, etc.

 

 

Les risques de la neuroéthique et de la neurophilosophie

 

Si on s'en remet intégralement à la dimension biologique pour définir les comportements humains alors il reviendrait aux biologistes d'intervenir dans le champ social : évaluer les risques de troubles cognitifs, les potentiels de réussite scolaire et professionnelle, la prédilection pour la violence et les drogues, etc.

 

 

 

 

Epilogue

 

 

Le biologiste François Jacob observe que :

Comme tout organisme vivant, l'être humain est génétiquement programmé, mais programmé pour apprendre. Chez les organismes plus complexes, le programme génétique devient moins contraignant, en ce sens qu'il ne prescrit pas en détail les différents aspects du comportement, mais laisse à l'organisme la possibilité de choix. L'ouverture du programme génétique augmente au cours de l'évolution pour culminer avec l'humanité.

 

 

Les auteurs de ce livre posent les questions et réflexions suivantes :

 

Les veiux préjugés et idées reçues ne sont plus scientifiquement défendables mais paradoxalement la théorie du déterminisme biologique perdure car il est tentant d'expliquer des différences de comportement et de positions sociales par la biologie.

 

Le sujet concerne le fondement de l'humanité ; qu'est-ce qui fait de nous des hommes et des femmes ?

 

Quelle est la part de la nature et celle de la culture ?

 

Faut-il attendre de connaître et d'explorer le cerveau pour comprendre la nature humaine ?

 

La science est présentée au grand public comme source de certitudes et de vérités, même lorsqu'elle délaisse les sciences humaines et sociales, l'environnement et la philosophie.

Or la réalité de l'activité scientifique est au contraire le doute, le débat, la remise en questions, qui font avancer les idées. Tout comme les sciences humaines qui considèrent l'Homme dans son histoire, son environnement et son rapport au monde.

 

Depuis l'Antiquité l'humanité a bâti des civilisations, des écrits, des arts, témoignant de la richesse et de éclectisme de la pensée humaine => contredit donc le déterminisme biologique et l'uniformisation.

 

Grâce à son cerveau l'humain est le seul animal à pouvoir échapper aux lois dictées par ses gènes ou ses hormones.

 

 

 

 

 

 

 

Catherine Vidal – neurobiologiste à l'Institut Pasteur

Dorothée Benoit-Browaeys – journaliste scientifique

Cerveau, sexe et pouvoir

éditions Belin – mars 2005 – isbn 2-7011-358-2

 

1- cette information ne figure pas dans le livre, il s'agit d'un ajout personnel. Stéphanie

2- théorie qui justifie les inégalités sociales par les diktats biologiques et relègue au second plan les facteurs socio-culturels et politiques.

3Théorie reprises et développées par le Freedom Party, parti ultra libéral et anti social canadien

4Exploitation des mécanismes cérébraux sous tendant les décisions d'achat