La migration féminine est un phénomène passé sous silence et rendu invisible. Pourtant la migration des femmes n'est pas négligeable dans la globalité de ce fait social. L'enjeu d'un monde sûr pour tous, comme beaucoup d'enjeux humains est d’autant plus criant que les populations sont fragiles, vulnérables. C'est le cas de femmes migrantes. Elles subissent une double peine : celle d'être une femme en situation de vulnérabilité et celle d'être migrant. Étant femme elles subissent les inégalités femmes-hommes. Déjà dans la perception que nous avons de la migration : lorsque nous parlons de migrant, l'imaginaire culturel collectif voit d'abord un homme jeune maghrébin, noir ou asiatique. Pourtant la part des femmes dans l’immigration augmente. Actuellement elles représentent 49 % des migrants dans le monde, 52 % en Europe.

Ensuite, quand on s'imagine une femme immigrée, on voit la femme soumise qui suit son mari. Pourtant de plus en plus de femmes voyagent seules. Pour certains pays l'émigration est même quasiment composée que de femme. 65 % de l'émigration depuis les Philippines est le fait des femmes. Mais on s'imagine que c'est nécessairement pour retrouver un mari qui a réussi à s'installer tant bien que mal et qui la fait venir. Cette immigration existe bien sûr mais elle ne recouvre pas la totalité du phénomène (30% des regroupements familiales concernent les hommes) et la migration féminine ne peut pas être réduite au cadre familiale ou conjugale. Les femmes migrent aussi, comme les hommes, avec leur propres projet migratoire pour trouver une situation à la hauteur des diplômes (38 % des femmes immigrés sont diplômées), pour fuir une situation intenable, pour fuir des violences, pour faire des études, trouver une vie meilleure, moins dangereuse, chercher une protection, etc... Il est temps de considérer que les femmes peuvent être indépendantes et combatives pour maîtriser leur destin. En France, c'est 4 femmes sur 10 qui migrent seules. Selon l'étude de l'économiste Hippolyte d'Albis, parmi les migrants, ce sont les femmes qui contribuent le plus à l'économie française. Employées comme nounou ou femme de ménage, elles permettent à d'autres de travailler et leur travail a ainsi un effet multiplicateur. Les assigner à un rôle de "mère de " ou d'"épouse de", c'est les maintenir dans des situations de dépendances qui nient leur autonomie.

Dans cette zone de non droit qu'est la clandestinité, les femmes sont davantage victimes de la violence. Violences sexuelles (viol, prostitution), violences sociales et culturelles (accusée de sorcellerie car hors normes sociales), violences sexistes et racistes dans les pays traversés, violences économiques par le racket et les trafics. Elles sont la cible des passeurs, des policiers, des douaniers et même parfois des compagnons de route.

Ces violences sont la conséquence d'une inégalité sociale entre les hommes et les femmes, présente de par le monde et qui s'aggrave dans les situations de précarité extrême.

Les violences que subissent les femmes pourraient constituer des raisons suffisantes pour leur donner l'asile. La Convention de Genève n'est pas réservée aux seuls persécutés politiques. Elle s'adresse à tous les groupes sociaux qui craignent légitimement pour leur intégrité. A ce titre, les mariages forcés, les rites de veuvage dégradant, la mutilation sexuelle infantile ou l'exclusion sociale des divorcées sont considérés comme des raisons valables pour donner l'asile dans certains pays... Sauf en France ! France pays de la déclaration des droits de l'homme, pays au combat féministe, la France considère donc ces violences en dehors du champ politique, relevant de la sphère privée. Non, résister, refuser ces violences est un acte politique posé par ces femmes. Les femmes qui s'opposent à ces traitements inhumains et dégradants constituent un groupe social à part entière et doivent pouvoir bénéficier de la protection au titre de la convention de Genève.

 

Emmanuel BOUHIER

Porte parole Cimade63

 

http://www.lacimade.org/publications/76