(thème de l'émission de radio du 14 mai 2013)

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Edito de Chantal : le pourquoi du comment de la précarité féminine et les solutions

 

Bonsoir, comme l’a dit Lise, notre émission de ce soir est consacrée à la précarité féminine. C’est un fait connu et régulièrement rappelé à l’occasion de la journée du 8 mars mais dont on entend peu parler ensuite.

On entend encore trop souvent aujourd’hui que les femmes ont tout et que si elles ne travaillent pas c’est qu’elles choisissent de rester à la maison pour s’occuper des enfants… n’importe quoi et d’abord un peu d’histoire : depuis quand les femmes peuvent-elles travailler ? car si dès les temps préhistoriques, madame se chargeait de la cueillette pendant que monsieur partait chasser, il a quand même fallu attendre 1966 pour que les femmes puissent travailler SANS l’autorisation de leur mari….et 1972 pour que la législation proclame « à diplôme égal, salaire égal ». Deux réflexions : la première c’est qu’il faut quand même une loi pour dire que les femmes doivent être payées comme les hommes quand elles ont le même diplôme, on se demande pourquoi ce n’est pas naturel que deux êtres humains soit traités de manière identique ! seconde réflexion : depuis 1972, si des progrès ont été faits, la réalité est différente les statistiques persistent à montrer que les femmes sont toujours payées moins que les hommes en 2013, soit 41 ans après le vote de cette loi. Enfin, les médias se sont excités parce que 2 entreprises, je dis bien 2 entreprises, viennent d’être condamnées pour discrimination salariale à l’égard de femmes… soit ça fait peur aux autres, soit les autres entreprises se disent qu’elles peuvent continuer tranquille puisque le risque d’être pris est infinitésimal….

Une étude réalisée par le Conseil économique et social environnemental, en début d’année, intitulée « femmes et précarité », dresse un portrait précis de la situation : non seulement la précarité professionnelle est bien l’apanage des femmes mais elle résulte d’un ensemble de facteurs culturels et sociaux dont il est difficile de s’extraire.

Car la précarité qui touche les femmes n’est pas que professionnelle : l’impact de cette situation se traduit dans la santé, plus de stress, mauvaise alimentation, on va moins chez le docteur ou le dentiste et bien entendu encore plus rarement chez un spécialiste comme un ophtalmo ou un gynéco. Du coup, quand la maladie est détectée, elle est forcément plus grave que si elle avait été soignée tôt…. La précarité coûte cher à la société toute entière parce qu’elle prive des personnes de revenus donc de capacité à consommer, parce qu’elle rend malade plus gravement et nécessite des soins plus coûteux. Mais si vous êtes cynique, vous noterez aussi que les personnes en situation de précarité ont une espérance de vie diminuée donc coûtent plus cher moins longtemps….

Il s’agit bien d’une spirale de la précarité qui s’installe et contre laquelle on doit tous et toutes lutter. Car, les femmes en situation de précarité sont très souvent des familles monoparentales, une femme avec un ou plusieurs gamins à éduquer en l’absence financière comme humaine d’un père. Et là aussi, elles cumulent les difficultés dont il est de plus en plus rude de se sortir.

Au milieu de cette vague de pessimisme, un petit cocorico quand même : en Europe, les femmes françaises sont les plus nombreuses à travailler, exception faite de quelques pays nordiques. Et même si la situation est très loin d’être idéale, saluons le fait qu’en France, une femme qui reprend le travail après son congé mat ne se voit pas systématiquement coller l’étiquette de mère indigne et que les modes de garde existent même si, nous sommes bien d’accord, le nombre de places en crèche reste très insuffisant. Cependant, si après le 1er bébé, maman revient très souvent au taf, la situation se dégrade après le second mouflet et ne parlons pas du troisième. Et là pression familiale, pression sociale mais aussi pression professionnelle au cri de « mais comment allez vous faire ? », bien des femmes sont incitées à renoncer… et si elles obtempèrent et restent à la maison, croyez-vous que leur dévouement sera reconnu ? pas du tout car, quand le petit dernier entre à l’école, il devient très difficile de retrouver un job.

Fabriquer des enfants permet à notre système de retraite de fonctionner encore aujourd’hui et pourtant, alors que ce sont principalement les femmes qui se sacrifient pour cela (congé parental pris quasi-exclusivement par les femmes), elles en sont doublement pénalisées : d’une part, parce qu’elles ont du mal à revenir dans la vie active après plusieurs enfants et, d’autre part, parce que le montant de leur retraite sera moindre en raison de ce retrait temporaire de la vie active… étonnant non qu’on les pousse à faire marcher la machine collective de protection sociale et qu’ensuite elles en soient les victimes ? dommage qu’une grève de la procréation soit difficilement envisageable car elle montrerait assez rapidement ses effets…

Les femmes en CDD sont aussi celles qui subissent le temps partiel et exercent dans un secteur où le travail est pénible : typiquement, les femmes qui font le ménage dans les bureaux ou les hôtesses de caisse comme les directeurs de supermarché les nomment, cumulent ces caractéristiques à quoi s’ajoutent les horaires atypiques. On peut aussi ajouter que les familles monoparentales sont 9 fois sur 10 des femmes pour qui les contraintes de conciliations entre vie professionnelle et vie familiale sont particulièrement lourdes. Alors au-delà du constat, comment en sortir ? comment individuellement et collectivement changer cette situation ? eh bien là on se rend compte que tout est à revoir dès la naissance – enfin quasiment – ce qui est un peu lourd je le concède mais ô soulagement, changer ne requiert pas des tombereaux d’argent public car c’est autant une question de comportement et d’éducation que d’argent. D’abord, une mesure d’économie et de salubrité psychologique : retirer des bibliothèques tous les livres de Charles Perrault et tous les contes de fées en général. Ne plus prendre la tête à nos enfants avec ces stéréotypes de chevalier blanc venant sauver la jeune fille avec une histoire qui se termine par « et ils eurent de nombreux enfants », car 1/ qui va se charger des mouflets ? je vous laisse deviner la réponse d’autant que vu les rapports avec la belle-mère dans certains contes, mieux vaut ne pas la considérer comme une baby-sitter potentielle et 2/ je vous renvoie à la chanson réaliste « Cendrillon » du groupe Téléphone car oui que se passe-t-il quand le type a décidé de se barrer ou juste vous saôule et que vous avez envie de partir ? donc mieux vaut valoriser le travail auprès de nos enfants car on n’a rien inventé de mieux pour garantir son indépendance – sauf pour les héritiers me direz-vous mais on n’est pas là pour parler des cas exceptionnels.

Ensuite, une fois à l’école, cesser de penser que les femmes sont naturellement portées aux soins et à l’éducation des plus fragiles pourrait éviter d’orienter les filles vers des filières systématiquement précaires telles que techniciennes de surface comme on appelle les personnes qui passent l’aspirateur et la laveuse sur les sols. On pourrait aussi éviter d’envoyer les filles vers les écoles de communication, au prétexte qu’une fille ça parle, parce que ces écoles coûtent chers et mènent souvent droit à Pôle emploi. Améliorer l’orientation en supprimant les clichés sexistes, une mesure qui ne coûte rien sinon en requalification de neurones des prescripteurs... et il n’y a pas de raison car oui les filles réussissent mieux à l’école que les garçons statistiquement parlant et pourtant se retrouvent bien plus nombreuses dans des filières sans débouché professionnel stable. Profs et conseillers d’orientation pourraient-ils s’inspirer de l’état du marché du travail plutôt que de faire confiance à leurs préjugés ? arrêtons d’être dirigées vers des filières correspondant à nos soi-disant qualités naturelles alors que tout le monde sait qu’elles nous envoient directement à Pôle Emploi !

Et aujourd’hui, comment faire quand on travaille dans un secteur où CDD et temps partiel sont légion, le tout pour le SMIC ? la formation continue reste une voie pour améliorer son sort et elle pourrait être plus facilement accessible aux femmes si enfin on pouvait disposer de modules de formation court et d’une prise en charge de la garde d’enfant, reconnue comme une charge au même titre que le transport. Modifier une trajectoire professionnelle est rude mais pas infaisable.

Prenons nous en main et n’hésitons pas non plus à demander de l’aide ! le regard de la société dont celui du monde professionnel ne peut changer que si l’on change le regard que l’on porte sur nous-même et surtout si on affirme les choses : oui un enfant malade peut être gardé par son père pendant que sa mère va au boulot, oui une femme qui manifeste des talents manuels peut devenir électricienne, peintre en bâtiment, plombier et pas uniquement couturière ou secrétaire… prenons notre place dans la société, exprimons nos envies, nos attentes professionnelles même si tout ça ne correspond pas à l’image d’Epinal de la femme douce et soumise, décidons pour nous même de ce que nous voulons sans nous laisser imposer de barrières et sans nous en imposer nous même….

 

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