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Le 12 juin prochain sera réexaminée à l'Assemblée Nationale le projet de loi prostitution. Les enjeux sont grands pour l'abolition de la prostitition et la protection des victimes du proxénétisme.

Osez le féminisme est membre du collectif Les Jeunes pour l'Abolition et participe à la campagne photo Génération Abolition : + d'infos ici.

Vous aussi prenez-vous en photo avec le visuel de la campagne ou un panneau "Génération Abolition" et diffusez la sur Internet, en l'envoyant à contact@osezlefeminisme.fr ou sur facebook.

 

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Nos sept organisations de jeunesse s'engagent pour l’abolition de la prostitution, et pour cause ! Nous sommes les premières et premiers concernées par ce fléau qu'est le système prostitueur.

Les jeunes "dans la galère"

 

Notre génération est entrée dans le monde du travail à un moment où chômage de masse et flexibilité des contrats ont généré un état de précarité de plus en plus généralisé. Nous enchaînons désespérément petits boulots, CDD, intérim, emplois à temps partiel imposé, et n’espérons même plus accéder au tant désiré CDI ou à un logement.

 

Cette situation de fragilité expose particulièrement les jeunes femmes à la double peine de la pauvreté, de la vulnérabilité… et des "propositions indécentes", tant la longueur des queues pour postuler à tel emploi ou à tel logement peut inspirer aux plus malveillants l’idée d’abuser de leur position de force. Notre précarité multiplie les portes d’entrée dans le système prostitueur !


Le plus vieux privilège des hommes


L’évolution de notre société vers un modèle libéral constitue une attaque culturelle contre l’idée même de protéger les plus faibles par la loi, sous prétexte qu’on entrave les libertés individuelles.


"Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit", disait Lacordaire.

 

Hélas, sa citation est de moins en moins à la mode.


Le premier argument de nos opposants est qu’on empêche les volontaires de se prostituer. L’anthropologue Françoise Héritier avait réussi à démasquer cette explication malhonnête du phénomène prostitutionnel en une phrase :

 

"Dire que les femmes ont le droit de se vendre, c’est masquer que les hommes ont le droit de les acheter."

 

Dans la quasi totalité des cas, ce sont bien des hommes qui génèrent et organisent le système prostitutionnel et lui trouvent des recrues pour maintenir le plus vieux privilège des hommes. Ce privilège, c’est celui d’accéder à des corps sans avoir ni à séduire ni à convaincre la personne humaine qui s’y trouve. Comment pourrait-on évoluer vers un modèle égalitaire des désirs et des plaisirs, si les femmes sont accessibles sur le marché ?


La jeunesse, "valeur ajoutée" de la prostitution


L’âge moyen d’entrée dans le système prostitueur est aujourd’hui de 14 ans dans le monde.


Dans les pays réglementaristes, les clients, parfaitement légitimés dans leur statut de consommateurs, réclament de la chair fraîche, et les fournisseurs ne cessent d’améliorer leur rentabilité en proposant des "articles" de plus en plus juvéniles.


Les sites pornographiques ne s’y trompent pas non plus, et ne cessent de surligner le mot "TEEN" dans leurs textes d'accroche pour appâter l’internaute.


Via internet, la prostitution atteint de nouvelles proies en faisant croire que la transaction scellée derrière un ordinateur est un garant d’une prostitution libre et protégée, sans risques et sans violences. Pourtant, une fois l’accord fixé, que ce soit sur un trottoir ou sur un site, la personne prostituée devra bien se retrouver seule face à cet homme qu’elle ne connait pas, qu’elle ne désire pas, qui fermera la porte et lui imposera des pratiques sexuelles non désirées contre de l’argent.


Vers une affaire DSK 2 ?


En mettant en cause des hommes puissants qui se pensaient intouchables et auraient, si on en croit les témoignages courageux de Jade ou de Mounia, profité de leurs privilèges pour maltraiter les plus vulnérables, des femmes, jeunes, pauvres, le procès du Carlton a dévoilé la réalité sordide du système prostitueur, même chez les prostitueurs en cols blanc.


Aucun de ces prostitueur n’aurait évoqué le statut de "travailleuses du sexe" de ces femmes. Pour eux, les femmes achetées à la nuit ou à l’heure étaient des "dossiers", du "matériel", de la "marchandise", du "cheptel".


Aujourd’hui, en France, en 2015, quel statut ont les femmes dans nos sociétés civilisées et républicaines, ou l’esclavage et le patriarcat sont sensés être abolis ?

 

Non ! Il n’y a pas deux prostitutions, une liée à la traite, esclavagiste, maffieuse, violente, et l’autre rebaptisée "travail du sexe" pour aseptiser le concept. La lumière crue qu'a jeté l’affaire du Carlton sur le système prostitueur "de luxe" dévoile des femmes tout autant humiliées, maltraitées et largement en souffrance face au client roi. La prostitution de luxe est, comme toute prostitution, uniquement le luxe des clients.

 

 

Tribune co-signée par sept organisations membres du collectif Génération Abolition : Osez Le Féminisme, Unef, UNL, les efFRONTé-e-s, JC, MJS, UEC.